"La meilleure façon de réaliser ses rêves, c'est de se réveiller!" - Paul Valéry


Thursday, November 1, 2007

Sur la route de la Soie, partie 1 (Urumqi-Turpan)

A notre arrivee a Urumqi, il est deja tard. Nous devons trouver un logement pour la nuit mais la restriction des hotels aux chinois dans le Xinjiang complique un peu les choses. Nous faisons plusieurs hotels qui nous refusent avant d’en trouver un qui accepte les etrangers.
Le lendemain, nous entamons un long trajet en direction du Kazakhstan, aux abords du lac Sayram. Sur la route, de vieux tracteurs transportent peniblement des remorques de cotons, des dos voutes croulent sous le travail dans des champs de cotons qui s’etendent de part et d’autre de la route et de larges etendues de piments rouge dorent sous le soleil brulant du desert.
Apres 10 longues heures de route, nous arrivons enfin au lac. Il est splendide, d’un bleu profond dont les nuages se jouent a en faire changer la nuance. Le lieu est calme et pas l’ombre d’un touriste ! Avec Tom, nous faisons une balade de 6h environ avant d’attraper notre bus qui nous ramene a Urumqi. A notre arrivee, Tom prend son avion qui le ramene en France. Quant a moi, je continue mon voyage et attrape un bus pour Turpan, quelque 3h plus au Sud.
Turpan est un oasis, plante au milieu du desert, au creux de la depression du meme nom. Turpan fut longtemps une etape importante sur la route septentrionale de la soie, nichee a -154m sous le niveau de la mer, c’est aussi le point le plus chaud de Chine et le plus bas au monde apres la mer morte. Pour y parvenir, le bus traverse une route seche et aride, ou se profilent quelques camions a l’horizon que je devine a travers la brume du desert. Je trouve facilement ou loger a mon arrivee, et je pars tres vite a la recherche d’un cafe ou je pourrai trouver des infos sur la region. J’interpelle une petite dame Ouighour d’une cinquantaine d’annee, dans une petite rue tortueuse du vieux Turpan. Elle a une petite tete bien ronde, et des cheveux noirs frises. La petite dame porte une longue robe beige descendant jusqu’au chevilles qui laisse entrevoir ses talons hauts. Elle me sourit tendrement en me faisant comprendre qu’elle ne peut m’aider. Elle insiste pourtant pour que je la suive. Nous nous dirigeons alors vers une petite porte d’un rouge vif en contre-bas de la route. La petite dame m’esquisse un large sourire et ne cesse de me repeter ‘Mother, Mother’ tout en frappant allegrement sur la vieille porte en bois. Un jeune homme ouvre, je comprendrai plus tard qu’il s’agit de son fils. Derriere la porte, une petite cour ombragee par de vieux plants de vignes apparaît. Tres vite, la petite dame me pousse a l’interieur de la maison de village. J’entre dans le salon Ouighour par une petite porte sur le cote. Devant moi, une scene surelevee tapissee de tapis chinois rouges et noirs aux motifs symetriques ainsi que d’autres tapisseries plus exotiques arborant les murs ornent la piece. C’est un salon typiquement Ouighour. La scene surelevee est en fait le lit pour toute la famille ou un atre permet d’allumer un feu en hiver et garder ainsi la petite dame au chaud pendant son sommeil. Son nom est Amanguli. Elle est adorable et est aux petits soins avec moi. Elle me sert un bon the chaud avec des gateaux sables. Nous tentons tant bien que mal de communiquer. Elle parle un peu chinois, et je m’essaie a lui traduire mes pensees mais elle comprend bien mieux lorsque je lui fais lire les caracteres! Nous passons plusieurs heures ensemble, a discuter, a essayer de se comprendre, aux rythmes de rires et de gestes. Nous n’avons pas de langue en commun, et pourtant nous reussissons a nous comprendre. Le soir venu, le pere rentre d’une longue journee de travail. Il est aussi gentil qu’elle. Les enfants sont la aussi et j’irai faire une partie de billard avec l’aine, Bedrula. Je gagne la premiere partie mais me fais laminer les 4 suivantes. Je comprends alors qu’il s’agit la de la sortie quotidienne entre amis du jeune Ouighour de 19 ans. Amanguli insiste pour que je vienne diner chez eux dans la semaine. J’accepte poliment. En partant, elle me montre la porte d’entree avec un large sourire pour que j’en memorise le numero. Je suis frappe par l’accueil et la generosite de cette petite dame, qui me traite litteralement comme son propre enfant. Je promets a Amanguli de revenir dans la semaine, pour diner avec eux. Elle semble ravie!
Le lendemain, je me rends aux ruines de Gaochang. Gaochang etait la capitale des Ouighours il y a 1000 ans, une importante cite marchande de la route de la Soie et point de rencontre de divers peuples d’Asie centrale. J’arrive dans la vielle cite au coucher du soleil et attrape une petite carriole tiree par un jeune cheval pour en faire le tour. La cite a souffert des annees et seuls les enormes remparts qui entourent la cite du desert restent bien conserves. Je me promene les pieds ballants sur la petite charrette dans le silence de la cite oubliee. L’instant est magique. Le soleil couchant donne des reflets oranges aux restes de murs faits de terre et de paille. La cite est bercee par le bruit des sabots de l’attelage qui semblent ne jamais avoir quitte l’endroit. J’imagine alors facilement les rues bondees d’attelages, de negociants en tout genre, de ferronniers et d’artisans qui ont jadis fait vivre la cite. C’est comme si ces vieux murs avaient emmagasine toute la vie qui y avait grouille pendant des siecles. Les couleurs chaudes du soleil a l’horizon font a elles seules revivre l’endroit. Quelquechose de mystique reigne ici. J’y suis bien, au calme.
Apres ce moment magique, je reprends la route pour aller dormir aux abords du desert du Taklamakan. Au petit matin, je me dirige vers des dunes de sable pour y admirer le lever du soleil. La lumiere est superbe, de vastes dunes jaune-orangees se profilent a l’horizon. Un autre moment de calme et de repos, dans un endroit hostile et monotone mais au combien magnifique.
A mon retour a Turpan, Amanguli me prete gentiment le velo de la famille. J’en profite pour me balader aux abords de l’oasis, dans de petits villages Ouighours, faisant de tres belles rencontres. Le soir venu, je dine chez Amanguli qui a prepare un plat de foie d’agneau pour l’occasion. Je ne suis pas tres abat, mais c’est tres bien cuisine et je me regale ! Lorsque vient le moment de partir, Amanguli me demande si je vais revenir le lendemain pour diner a nouveau avec eux. Elle a un sourire genereux et semble attendre mon ‘Oui’ avec une certaine excitation. J’aimerais lui dire oui mais il me faut lui avouer que je dois prendre mon bus pour Kashgar et continuer ma route. Amaguli semble decue, et m’ecrit sur un bout de papier le numero de telephone de la maison ! Je trouve le geste adorable. Le contact entre nous etait deja difficile sur place, je n’ose imaginer comment on pourrait se comprendre par telephone ! Je note son numero et propose de prendre une photo avec elle, que je lui enverrai une fois rentre. La petite Ouighour semble ravie et s’eclipse quelques minutes avant de revenir endimanchee ! Cela me fait sourire. Elle s’est maquillee et s’est faite toute belle pour la photo ! Je prends alors le cliche et recopie son adresse en chinois.
Je sers Amanguli dans mes bras et la remercie du fond du cœur pour sa gentillesse et l’accueil qu’elle m’a reserve. Je suis emu de la quitter. Elle aussi. Je n’ai passe que quelques jours avec cette petite famille et pourtant ils vont me manquer. J’ai rarement rencontre des gens aussi hospitaliers.
Avant d’attraper mon bus, j’irai flaner une derniere fois dans les petites rues ombragees de la vieille ville. La vie y grouille du matin jusqu’au soir. J’aime m’y perdre et rencontrer quelques vieux Ouighours au coin de ses rues. Dans l’une d’elle, un vieil homme, tenant une jolie canne en bois dans la main, est assis sur un petit muret. Le soleil couchant laisse entrevoir les magnifiques traits de son visage use par la vie. Je m’arrete un petit moment a ses cote. Le vieil homme a le regard dans le vide, il semble ailleurs. Je prends alors un cliche de lui. Le vieil homme jette un coup d’œil sur l’ecran de l’appareil et esquisse un large sourire. Il est ravi de se voir en photo! Il essaie alors tant bien que mal de m’expliquer en Ouighour qu’il voudrait la photo. Je m’efforce de lui faire comprendre qu’il m’est impossible de la lui donner sur papier. Le vieil homme sort alors de sa poche les quelques Yuans qu’il possede. Je lui souris tendrement. Je le trouve adorable. Ce petit homme au dos voute n’a pas grand-chose et pourtant il donnerait tout ce qu’il a pour cette photo. J’aimerais pouvoir la lui donner sur le champ. Je lui prends la main et la referme avec les billets dedans, tentant de lui expliquer que l’argent n’est pas le probleme. J’ai alors une idee. M’assurer tout d’abord que le vieil homme est bien devant chez lui en demandant a son voisin avec qui nous nous comprenons un peu mieux, et recopier ensuite son adresse inscrite en chinois et en Ouighour sur sa porte. J’assure au vieil homme que je lui enverrai les photos. Apres quelques minutes d’explications gestuelles, parsemees de sourires.., il saisit. Il semble ravi! Il me demandera quand meme dans combien de jours. Me montrant le soleil et comptant sur ses doigts. Le vieil homme s’arrete a 4. Je lui souris, il est adorable. J’aimerais pouvoir la lui donner dans 4 jours. Je n’ose lui dire que ce ne sera pas avant deux mois!
Apres cette tendre rencontre, il est temps pour moi de rejoindre mon bus, pour un long voyage de 27h vers Kashgar. Le bus empruntera la route septentrionale de la Soie. Une autre route, plus au Sud, est appellee route de la Soie meridionale. La route se divisait a Kashgar, et ne traversait pas le desert du Taklamakan, repute mortel a cette epoque.
Nous traverserons de longues plaines desertiques, le long du desert du Taklamakan.
En chemin, nous nous arretons dans des restaurants qui bordent la route, servant une excellente cuisine Ouighour. Des brochettes d’agneau tendres sont pretes a etre grille au barbeucue et dans les cuisines on s’active pour preparer d’excellents ‘Suoman’, des nouilles dans un sauce de tomates, poivrons, aubergines et viande. Je mange les meilleures pates de ma vie dans ces petits restaurants perdues dans le desert (mise a part celles que me preparait ma grand-mere!). Les nouilles sont prepares a la main, elles sont roules et etendues par un cuisinier qui les forme avec une rapidite et une dexterite etonnante. Derriere les fourneaux, de petits bacs contiennent des legumes frais coupes en petits carres. Le cuisinier fait flamber le tout au dessus d’une enorme cuisiniere viellis par les ages, et se sert des ingredients pour concocter une sauce tomate fraiche et excellente ! Les pates sont plus epaisses que chez nous mais gouteuses et aldente. Je me regale avec ca de petites brochettes d’agneau, dont la viande fond dans la bouche ! Je suis bien loin des restaurants indiens qui bordent les routes, ou de mauvais thalis ou idlis sont servis a la va vite dans de vieux recipients sales. Ici, je languis le moment ou le bus va s’arreter dans un de ces petits restaurants !
Le bus reprend sa longue route vers Kashgar, le soleil couchant donnera de magnifiques reflets rouges au desert qui parseme les alentours. Je suis adossee a la fenetre, contemplant le vide qui m’entoure. Le bus semble venir et aller nulle part. Je suis bien. Une douce nuit m’attend.
Lac Sayram, pres de Yining, Chine

Minaret Emin, Turpan, Chine

Vieil homme tenant son petit fils, marche de Turpan, Chine

Desert du Taklamakan, environs de Turpan, Chine

Sur le marche de Turpan, Chine

Vieil Ouighour au detour d’une ruelle, Turpan, Chine

Vieux maraîcher, Turpan, Chine

Sur le marche de Turpan, Chine

Vieil Ouighour venu acheter sa viande au marche, Turpan, Chine

Sur le marche de Turpan, Chine

Vendeur de tissus, Turpan, Chine

Ouighour au detour d’une rue, Turpan, Chine

Famille Ouighour en route vers le marche, Turpan, Chine

Desert du Taklamakan, environs de Turpan, Chine

Ouighour sur le marche, Turpan, Chine

Piments seches, marche de Turpan, Chine

Vieil Ouighour au detour d’une rue, Turpan, Chine

Gateaux sables, marche de Turpan, Chine

Sur le marche de Turpan, Chine

Jeune Ouighour au detour d’une rue, Turpan, Chine

Couple d’Ouighour rentrant du marche, Turpan, Chine

Vieil Ouighour sortant de la priere, Turpan, Chine

Les copains d'abord

J’atterri a Beijing apres une escale en Malaisie. Je dois attraper un bus; ligne 4 et descendre a un arret que je ne trouve pas sur la carte. Copain m’attend la bas mais j’ai deja du retard. Je trouve un arret qui ressemble a ce que copain m’a donne, enfin pas vraiment mais apparemment il y a plusieurs noms! A ma descente du bus, pas de copain! Faut dire que j’ai deux heures de retard. Je l’appelle sans succes. Je demande alors ma route a un chinois montrant une adresse que copain m’a donne. Et la, je vois surgir de l’autre cote de la chaussee, l’autre copain ! (Raph) mais copain le suis de pres.. Je suis content de les revoir. Ca fait plus d’1 an et demi que je ne les ai pas vu. Nous rentrons chez eux, faisant de leur canape mon lit pour la nuit.
Le lendemain, ma mission premiere est mon visa Kyrgyz. Je dois me rendre a l’ambassade du Kyrgyztan en Chine, et copain m’indique sur la carte ou elle se trouve a peu pres et chose qui va me sauver ! Il m’ecrit Kyrgyztan en chinois! Je pars tout fretillant dans cette ville qui me semble bien plus moderne que tout ce que j’ai connu jusqu’alors. Je suis bien loin des villes indiennes, meme Delhi est archaique a cote. Les chinois ne comprennent rien en anglais, aussi j’apprends quelques mots dans le lonely planet pour trouver la station de metro ou de bus. Mais ma prononciation flanche ! Je suis oblige des les faire lire eux meme ! Apres ils repetent ce que j’ai dit et rigolent.
J’attrape mon bus devant chez raph et tom, puis le metro et je fini en taxi, tres bon marche en chine. Il me depose alors devant un magnifique batiment ultra moderne. Devant le portail, plusieurs plaques magnifiques tronent avec des noms de pays; Kyrgyztan en fait parti, magnifique! 7 ieme etage, je sors de l’ascenseur et une deuxieme plaque indique ‘Embassy of Kyrgyztan’, superbe! Je m’avance vers la plaque et tourne a gauche dans le petit couloir qui mene a une magnifique devanture en verre. Derriere moi, une femme de menage chinoise passe la serpiere.
J’appercois la secretaire derriere la vitre, elle me fait signe sur le cote. Detecteur d’emprunte digitale! Rien que ca! Impressionne, je place mon doigt sur le detecteur, pensant a une emprunte anonyme. Mais rien ne se passe. Je reflechi alors 2 secondes, ce que je n’avais pas vraiment fait : Kyrgyztan-> Emprunte digitale ???!! Euh…non!! Je lis alors au dessus de l’acceuil un enorme logo tres design ‘Partner Consulting’. Je me retourne vers la femme de menage et lui demande alors ou se trouve l’ambassade du Kyrgyztan. La petite dame au dos voute se tourne lentement et me montre derriere elle une petite porte blanche en contre-plaque… Je croyais que c’etait son placard a balais!
J’attends 2h devant la porte que la personne a l’interieur veuille bien ouvrir et commencer a travailler. A 16h, j’entre enfin dans le petit placard, l’homme est seul. C’est l’ambassadeur, secretaire, delivreur de visa du Kyrgyztan en Chine. Je fais ma demande avec un des quelques formulaires qu’il a empile sur son bureau. Accepte!
Je passerai le reste de la semaine a visiter Pekin, sans vraiment y trouver de charme particulier. C’est une ville tres moderne, et qui, avec l’arrivee des jeux olympiques, s’est litteralement transformee !
J’irai mange avec Tom et Raph dans de tres bons restos chinois de la ville, et je partage avec eux leur derniere semaine dans la ville.
J’apprecierai surtout mon escapade en fin de semaine a la grande muraille. En fin de matinee, j’attrape un bus pour Simatai qui s’arrete dans chaque village sur la route ; le trajet me semble interminable ! Apres 4h de route, je dois prendre un taxi car on ne peut apparemment pas tout faire en bus. Je me rends assez loin de Pekin, a environ 120km au nord. Certaines parties de la muraille sont beaucoup plus pres, a 60 km a peine du centre de Pekin. Mais j’espere avoir moins de monde ainsi.
Lorsque j’arrive sur les lieux, il n’y a en effet personne. J’arrive assez tard, 16h peut etre et je peux ainsi profiter pleinement du coucher de soleil. L’endroit semble peu touristique et il n’y a personne. Je monte jusqu'à la muraille par un petit sentier en zigzag. L’endroit est magnifique. La grande muraille est superbe. Elle se dessine sur la crete sur des endroits vertigineux et se fond doucement dans l’horizon. Je marche un moment dessus, le soleil se couche, la lumiere est magique, je suis bien.
Je rencontre tout de meme un chinois qui me confie venir 1 fois tous les 2 ou 3 mois ici, et que c’est un de ses endroits preferes car eloigne de Beijing et donc peu touristique. Je contemple cette merveille, assis sur les remparts, elle semble avoir ete deposee ici. A des endroits la crete est si etroite, que je me demande comment des hommes ont pu y construire meme un mur ! Apres le coucher du soleil, je rattrape mon bus qui me ramene assez tard a Pekin.
Le dimanche apres midi, je prends mon vol avec Tom pour Urumqui, dans le Xinjiang. C’est la que je commence mon voyage de 2 mois sur la route de la soie. Entre Chine, Kyrgyztan et Ouzbekistan, mes escales s’appelleront Turpan, Kashgar, Hotan, Osh, Samarkand ou encore Bukhara.

Garde de la cite interdite, Pekin, Chine

Dans la cite interdite, Pekin, Chine

Dans la cite interdite, Pekin, Chine

Dans les jardins d’ete, Pekin, Chine

Grande muraille, Sumatai, Chine

Dans la cite interdite, Pekin, Chine

Dans les jardins d’ete, Pekin, Chine

Grande muraille, Sumatai, Chine

Garde de la cite interdite, Pekin, Chine

Dans les jardins d’ete, Pekin, Chine

Grande muraille, Sumatai, Chine

Dans les jardins d’ete, Pekin, Chine

Dans la cite interdite, Pekin, Chine

Grande muraille, Sumatai, Chine

Wednesday, October 24, 2007

Derniers jours

Je passe mes derniers jours en Inde le cœur lourd. Je deambule une derniere fois dans les petites rues etroites et agitees de Old Delhi. Bizarrement, j’ai l’impression d’avoir deja quitte le pays, de l’avoir quitte doucement en remontant depuis Bangalore en train et en bus jusqu’au Ladakh, en observant les traits des visages s’adoucir au fur et a mesure que je m’enfoncais vers les montagnes. Je prefere l’avoir quitte comme ca.
Maintenant, j’ai l’impression de ne faire qu’attendre que cet avion m’en enleve physiquement.
Je fais de dernieres belles rencontres dans la vielle ville, echangant des mots et des sourires avec ses habitants, ceux la meme qui m’ont convaincu de rester dans ce pays il y a un an et demi.
Mais elles ont un gout different. Je ne suis plus vraiment la.
J’attrape mon vol pour Pekin le soir du 4ieme jour. Au moment de quitter le pays, le douanier me demande si je vais revenir pour savoir si il doit garder mon certificat d’enregistrement. J’ai l’habitude de lui dire oui.
Aujourd’hui je lui dis non, emu. Il regarde mes dates de visa et comprend. Il me fixe alors d’un regard compatissant et me sourit. Il me lance alors un : ‘A bientôt en Inde!‘. Je le regarde emu et tente de lui bredouiller un ‘Merci’ dans l’emotion.
Je franchi la frontiere sans me retourner, il y a tant de belles choses derriere moi. Je sais que derriere cette frontiere d’autres belles choses m’attendent, mais l’instant est dur.
Mon avion partira a l’heure, m’emmenant loin de ce pays, loin de chez moi…

Je lui dois beaucoup, elle ne me doit rien. Elle m’a accueilli les bras ouverts et m’a traite comme un de ses fils. Je ne l’oublierai jamais.
Elle le sait aussi, je reviendrai.

Vieille indienne sur le marche, Old Delhi

Etalage d'epices, Old Delhi

Rickshawala regonflant ses pneus, Old Delhi

Rickshawala, Old Delhi

Barbier au detour d'une rue, Old Delhi

Sadhu, Old Delhi

Rickshawala, Old Delhi

Dans la rue, Old Delhi

Thursday, September 20, 2007

To trek or not to trek

Il y a deux manieres de faire un trek dans la region; soit on part avec 4 chevaux, tente, nourriture, materiel et 3 ladakhis (1 horse man, 1 cook, 1 helper), solution lourde et honereuse; soit on opte pour une solution moins courue mais qui a, a mes yeux, beaucoup plus de charme: le home stay. Dans la premiere configuration, le confort (et le prix) est tout autre; De veritables festins sont servis aux trekkers et les caravanes passent dans les villages tel une roulotte et s'en vont camper aux alentours. Aussi, les autorites en charge du tourisme au Ladakh ont mis sur pied une solution dans laquelle les villageois ladakhis peuvent egalement profiter financierement du tourisme. Bien moins honereux, on peut loger chez l'habitant pour 6 euros a peine, diner et dejeuner compris. Cette solution appellee tourisme de developpement me convient bien mieux, et l'idee de vivre 8 a 10 jours immerges dans des familles Ladakhis, de pouvoir entretenir un rapport direct avec eux ou tout simplement d’observer leur mode de vie, me plait encore plus!
Reste a trouver un guide, car se balader seul a cette altitude et dans des endroits si recules peut devenir tres vite imprudent. Je vais voir une agence avec qui j'avais un contact deja a Bangalore, et dans la salle principale, se tient un jeune Ladakhi d'une vingtaine d'annee au visage deja ride par les rudes hivers Himalayens. Il a des cheveux fins et porte un jean et des baskets. Son nom est Tondup, il me plait bien! Ce sera mon guide pour le trek!
Le lendemain, levee aux aurores. Il pleut des cordes et j'ai rendez vous avec Tondup a 7h. Je ne peux m'y rendre. Il me faut quelquechose pour proteger mon sac de la pluie. Je devrai donc attendre 10h, que les magasins ouvrent enfin leur portes pour acheter ce qu'il me faut. Ainsi, nous entamons cette premiere journee de trek tres tard, a seulement 11h30.
Etant contraint de porter moi meme toutes mes affaires pendant 8 jours, je charge mon sac a dos comme il se doit pour ne manquer de rien; vetements chauds, medicaments pour le ventre (je ne tombe plus malade en mangeant dans des endroits louches en Inde mais quand est-il de la nourriture locale??), sac de couchage, torche,....bref, plein d'autres trucs dont bien sur je ne me servirai pas! Au final, je pars avec un sac beaucoup trop lourd, pres de 18kg!!! Je me rendrai compte a quelle point 18 kg c’est lourd que plus tard.
Tondup, lui, ne doit avoir que 5 kg dans son sac, tout au plus. Il est toujours en jeans-basket et semble partir faire une promenade de quelques heures.
Le trek normal s'arrete apres 4 heures de marche, mais l’endroit est un simple campement, ou nous ne pouvons dormir. Nous n'avons pas le choix et devons continuer au prochain village, 3h plus haut. Apres 7h de marche, mes jambes commencent a me lacher. Mon sac est vraiment lourd, je force enormement. Pres de 20 kg sur les epaules quand on en pese que 60 tout mouille, a 4000m d'altitude et apres 7h de marche; c'est tres dur!
A notre arrivee au village ou nous devions passer la nuit, stupeur! Il est vide! Pas moyen d'y dormir! Nous devons marcher encore une heure, jusqu'au village de Yurutse, a environ 4200m d’altitude. Cette derniere heure sera tres difficile, je marche doucement. Je ressens les effets de l'altitude et je comprends vite que je ne suis pas encore bien acclimate. Et puis il y a ce satane sac! Qui me fait mal au dos et qui me demande tellement d'efforts sur mes appuis. Tondup, lui, marche tranquillement a mes cotes, il semble progresser avec une facilite deconcertante. A mon arrivee je suis extenue, je rentre dans la maison Ladakhi et me pose sur mon lit. Mes jambes sont a bout, la vieille dame me sert un the chaud et j'ai quelques biscuits dans mon sac. Quel bonheur! Ca me remet d'applomb! Il faut dire que je n'avais pas eu le temps de dejeuner le matin, et qu'a midi je n'ai eu qu'une petite soupe de pates. Pas facile de trouver l'energie necessaire a ce genre d'effort la dedans!
Apres avoir repris des forces, je descends dans le salon de la vieille batisse. Cette maison est la seule du village, perdue dans des champs d'orge. Le cadre est magnifique. C'est une vieille maison; une grange amenagee. A rez de chaussee se tient l'etable et l'etage est reserve a l'habitation. Quand je rentre dans la piece, toute la famille est la, assise par terre, autour d'une tasse de the. Tous les yeux se braquent sur moi! La maitresse de maison me lance un grand sourire et me propose une tasse de the. Je les rejoins, assis a cote de Tondup. La piece est joliement decoree de tapis et de tentures typiquement Ladakhis, la cuisine est magnifique; faite de vieilles casseroles en cuivre meticuleusement alignees et de vaisselle en terre cuite rangee dans de vieux placards en bois. Tout semble a sa place. Tondup m’avouera que c’est une tres belle maison traditionnelle.
Un vieil homme assis dans un coin sombre de la piece semble conter une histoire que tout le monde ecoute avec attention. Un petit bambin aux joues rouges ecarlates deambule dans la piece, bredouillants des mots que les anciens ne peuvent comprendre. On se sent au calme ici, eloigne de tout. Dehors, le froid est arrive et la piece ne tarde pas a perde de sa chaleur egalement. Je dine avec la famille; au menu des timos, excellents! Ca me fait du bien de manger. Apres le repas, je me sens nettement mieux. Reste mes ligaments du genoux gauche, sur lesquels j'ai beaucoup force qui me font mal. Je mets de l'arnica et prie pour que ca aille mieux demain car un sommet a 5000m nous attend.
Le lendemain, je prends le petit dejeuner avec la famille, chapatis a la confiture et legumes frais du jardin en soupe au menu. Cote jambe, il semblerait que la pomade ai fait effet. Je n'ai plus de douleur. J'entame l'ascension, toujours avec ce maudit sac qui pese de plus en plus lourd. Je garderai un tres bon rythme, malgre le poids et la journee d'hier. Dans l'ascension, nous doublerons meme d'autres trekkers. Deux horse men sembleront monter avec une facilite surprenante. Les horse men acheminent vivres et materiel dans les vallees; ce sont des hommes solides et de tres bon marcheurs. Il peuvent traverser les vallees pendant des jours, passant des cols a plus de 5000m. Ils marchent tout l’ete, s’arretant lorsque la nuit tombe dans de petits villages..
Au sommet, je peine. Mon sac est lourd. Tondup pourrait marcher plus vite mais il m'attend. Tout pres du sommet, j'appercois un troupeau de yakhs. J'ai tres envie de m'en approcher et je retire mon sac. Quelle delivrance! Je cours meme sur une dizaine de metres pour montrer a Tondup a quel point ce sac est un fardeau pour moi. Tondup rigole. C'est vrai que je peinerais moins si mon sac etait moins lourd. Apres avoir rejoint le sommet, nous avons 4h de descente, la encore avec le poids du sac mes genoux flanchent!
J'arrive au deuxieme village avec mon genoux gauche qui me fait tres mal. Nous avons fait en 1 jour et demi ce que normalement les autres trekkers font en 3 jours voir 4 pour les plus lents. 16h de marche quasi non stop sur 1 jour et demi entre 4000 et 5000m d'altitude, avec pres de 20 kilos sur le dos…j'ai de quoi avoir mal aux jambes! Tondup, demandant une pause a la descente, me glissera quand meme en expirant profondement: “Hard trek!!”.
Mais nous n'avons pas eu le choix, c'est ce qui est plus dur avec le home stay; on doit rejoindre le prochain village pour dormir. Coute que coute.
J'ai beaucoup force ces deux derniers jours et je comprends que je n'apprecierai pas pleinement ce trek si je continue ainsi. Aussi, Tondup me propose de me prendre un peu d'affaires, me dechargant ainsi de quelques kilos. J'accepte car je pense que c'est la meilleure solution pour que je profite mieux du trek. Tondup n'a qu'un petit sac leger, il prendra environ 5 kilos de mon sac. Mais quels kilos!! Le lendemain, je me sens revivre. Pendant le trek, mon sac qui pese encore peut etre 12 ou 13 kilos ne me derange plus. Je peux enfin profiter pleinement des paysages et je ne force plus sur mes jambes.
Nous avancons dans la vallee entre 3800m et 4000m. Le couleurs sont superbes; des bleus, verts, jaunes, violets, eclatent a mes yeux. Quelques fermiers que nous croisons en chemin recoltent leur orge pour l'hiver. La tige servira de nourriture aux yacks et aux chevres encore en paturage et la fleur, elle, sera recoltee pour cuisiner momos, timos et chapatis. La vie semble d'un autre age ici, les autochtones travaillent l'ete pour s'assurer de passer l'hiver. La vie s'arrete ici apres novembre, les -40 degres gelent toute vie dehors, contraignant les habitants a rester au chaud a l'interieur de leux vieilles batisses au toit de chaume. Tout se crystalise dans le froid et la vie ne reprendra son cours que l'ete suivant. Partout, nous voyons des ladakhis en robe noires et ceinturons rouges couper le ble pour le laisser secher dans leur champs. C'est le bon moment pour recolter, apres il sera trop tard.
J’aime beaucoup Tondup. Je sens que des liens d’amitie se lient entre nous et nous nous confions l’un a l’autre au fur et a mesure que nous avancons dans ce trek. Il me parlera de sa famille de 9 freres et soeurs qui vivent pour la plupart a Leh l’ete pour gagner de l’argent pour l’hiver. Il me confiera que dans son village de Lamayuru, le manque de medicaments et la rudesse de l'hiver a coute la vie a son pere lorsqu’il avait 10 ans..
C’est un adorable jeune garcon, travailleur et solide. Je me plais a parler avec lui de sa region et de sa religion. Il me pose des questions sur ma famille et je lui en pose sur la sienne. Il m’explique beaucoup de choses sur les habitants de la vallee ainsi que sur le Bouddhisme tel qu’il est pratique au Ladakh. Je suis content de partager ces 8 jours avec lui.
Tondup se mettra a chanter, de facon sporadique, durant tout le trek. J’aime lorsqu’il se met a chanter. Il a une voix douce et chante juste. Ces mots semblent etre en harmonie avec ce qui nous entoure. Les montagnes hostiles semblent prendre toute leur signification aux sons de ses chants. Lorsque nous marchons et qu’il se met a chanter, je n’ai qu’a lever les yeux et admirer la beaute des paysages qui nous entourent pour comprendre sa langue. Son chant donne une autre dimension au lieu. Il chantera en Ladakhi et en Tibetain, les deux langues etant tres proches, je les trouverai aussi belles l’une que l’autre. Ses chants sont doux a l’oreille, je n’entends que lui. Je regarde et ecoute; je suis bien.
Le soir venu, nous arrivons dans une maison ladakhi fort bien amenagee. Une vieille dame nous acceuille chaleureusement, elle sourit tout le temps malgre le fait qu'il ne lui reste plus beaucoup de dents! Tondup me prepare du kolag, sorte de melange de farine, de beurre de yack et de the. Ca fait une pate marron et ca sent le yack!! On a vraiment l'impression de manger du yack! Mais c'est pas mal et nourrissant pour la longue marche qui nous attend! La vieille dame sortira ensuite une bouteille de Chang d'un vieux placard poussiereux du fond de la piece. C'est la biere locale, faite a base d'orge. Un peu amer mais tres bon, j'en reprendrai un autre verre.
La maison grouille encore de petits bambins qui s’accordent a mettre la maison sans dessus dessous. Il y a de la vie dans chaque piece de cette vieille batisse. Dehors, l’homme fait rentrer quelques betes pour la nuit et tout le monde se rejoint dans la cuisine, au chaud, autour d’une tasse de the pour prendre le repas. Le soir, j’aiderai la fille de la famille a faire les timos, elle a prepare la pate et nous les roulons ensemble pres du poele qui rechauffe la piece. Nous rigolons bien, les miens ne sont pas tres esthetiques, mais elle est gentille, me felicite et m’encourage a en rouler d’autres!
Le matin, comme tout les matins, je mange des chapatis, souvent froids avec de la confiture. Ce sera mon repas de midi egalement. Quelques fois j’ai plus de chance et la dame de maison me prepare une salade de carottes, pomme de terres et de legumes verts, chaude; dont les legumes sortent fraichement du potager! Le repas de midi est difficile, quelques chapatis ne suffisent pas a me fournir l’energie dont j’ai besoin pour avancer et lutter contre le froid. Certains midi, nous trouvons des campements qui peuvent cuisiner une soupe de pates, maigre consolation mais je n’ai pas le choix, il n’y rien ici aux alentours a moins de 1 journee de marche. D’autres midis, il me faudra me contenter de mes chapatis a la confiture.
Nous traverserons toute la vallee pour rejoindre le petit village de Hangkar, perche a flanc de colline et surplombant de magnfiques champs d’orge dorant au soleil. Le soir, j’aiderai la dame qui m’heberge a rentrer ses anes pour la nuit. J’essaierai de les conduire maladroitement dans l’enclos, sous son oeil farceur. Ses deux fils d’une dizaine d’annees m’aideront tant bien que mal, tapant sur les fesses de l’animal. La dame m’observera d’un regard malicieux, rigolant en voyant les betes partir en sens inverse. Apres quelques minutes de dur labeur, j’arriverai enfin a dompter les deux betes! Ce sera un tres beau moment de complicite, ou l’on aura reussi a surmonter la barriere de la langue l’espace d’un instant.
Tondup me sert de traducteur avec les familles, mais durant mon immersion dans toutes ces familles Ladakhi, je me rendrai compte que beaucoup de choses peuvent passer entre deux etres meme si ils ne parlent pas la meme langue. Des sourires, des gestes, de l’aide ou des mots en Ladakhi que Tondup m’a appris... Tout ca vous permet de partager des choses intenses et fait de ces moments passes avec ces autochtones, des moments magiques. Si il y a une chose que je retiendrai de ce trek, c’est bien mon experience au sein de ces familles qui semblent vivre a une autre epoque. Elles m’ont toutes reserve un acceuil chaleureux et je me suis vraiment senti inisse dans leur vie quotidienne. Plus qu’un simple spectateur, j’ai partage de tres belles choses avec chacune d’entre elles.
Le lendemain, nous decidons de partir avec Tondup malgre le mauvais temps. Dans la nuit, le ciel s’est couvert et les nuages cachent maintenant les sommets qui nous entourent. Une pluie fine se met alors a tomber. Nous devons rejoindre Nymaling a 4800m d’altitude pour y passer la nuit. Ce n’est pas un village a cette tres haute altitude, mais juste un camp de base. Nous ne savons pas encore si nous trouverons une tente la haut ou si il nous faudra dormir avec les bergers, dans de la paille et sous de sombres abris de pierres. Avec Tondup, nous decidons tous deux sagement de renoncer. Il se met tres vite a pleuvoir violemment et la pluie se transforme tres vite en neige. Nous savons que la prochaine nuit sera tres difficile a Nymaling; la temperature y descend la nuit a -10° ou -15° en cette saison.. Imaginez! cela revient a dormir en haut du mont blanc! Nous decidons tous deux d’attendre le lendemain pour commencer l’ascension, en esperant que le temps s’ameliore.
Le ledemain, le temps est tout simplement magnifique, aucun nuage a l’horizon. Nous pouvons donc commencer notre ascension de 4000 a 4800m le matin tot.
Pendant la montee, je suis Tondup a la trace pendant un moment et je me rends compte que quelquechose cloche, je m’essouffle! Pas parceque son rythme est trop rapide, mais parceque le mien est plus rapide! Pourtant Tondup marche deja vite, mais mon rythme aujourd’hui est au dessus. Je le double alors. Il ne me rattrapera pas jusqu’a Nymaling. Je ne force pas du tout mais mon pas est rapide, j’ai toujours mes 13 kilos dans le dos mais il semblerait que mes 2 nuits a 4000m m’ai reussi! Apres 1 heure de marche, je m’arrete pour faire une pause, mais Tondup tarde a arriver. Je m’inquiete un peu et redescends. Il s’est arrete avant, assis sur un rocher, la tete entre les jambes..il a l’air extenue. Il me confiera qu’il s’etait meme endormi. Je lui dit qu’il ne faut pas qu’il essait de me suivre si mon rythme est trop rapide. Il sourit et me dit en rigolant:“Yes, you’re fast today!!“.
La montee est magnifique, le soleil eclaire les hauts sommets de toute ses forces. Pendant toute la montee, nous apercevons le Kang Yatse (6400m), un magnifique sommet que nous contournons par le Nord. J’arriverai 20 min avant Tondup a Nymaling, mon rythme a ete tres rapide pour l’altitude, je ne suis quasiment pas essoufle et je m’en inquiete quand meme. Je marche plus vite qu’un Ladakhi qui est ne et a vecu toute sa vie a cette altitude et qui a trekke tout l’ete dans le coin. En arrivant au campement, je prends tout de meme mon pou. Il est tres bas pour l’effort que je viens de fournir, 105 a peine.
Mais tout va bien, je pense que je me suis tout simplement bien acclimate a 4000m et que les patates et les chapatis ont plus d’energie qu’ils en ont l’air!
Je me rechauffe dans la petite tente dont les proprietaires n’ont pas encore quitte le coin, avec un the chaud. Nous sommes monte tres vite et nous avons toute l’apres midi a passer au pied du superbe Kang Yatse. Aussi, je decide de monter pour m’approcher un peu plus de ce magnifique sommet. Je monte toujours avec une facilite et une rapidite deconcertante. Tondup, lui, est reste au camp pour se reposer. Je passe la barre des 5000m pour m’arreter pres d’un rocher a 5100m environ ou commence la neige qui ne s’arretera qu’au sommet, a 6400m. Demain nous avons notre sommet a 5200m, de l’autre cote du camp. Je trouve ce petit rocher, en forme de siege, qui semble etre fait pour admirer le Kang Yatse au coucher du soleil. Le sommet est magnifique. Le soleil descendant a l’horizon donne des reflets roses a son glacier suspendu. Il est tellement impressionnant, majestueux; il semble pourtant accessible d’ou je me trouve. Le camp de base pour le gravir n’est pas bien loin d’ou je me trouve, et je me laisse a penser que je reviendrai peut etre; pour le faire cette fois!
Lorsque je redescends au camp de base, la temperature a chute. Je suis reste une petite heure a 5100m ce qui devrait m’assurer une bonne nuit de sommeil, ou en tout cas une meilleure! Normalement on doit pour l’acclimatation monter 300m au dessus de l’endroit ou l’on va dormir et redescendre ensuite; ce que j’ai fait sans vraiment le vouloir.
La nuit sera tres froide, dehors un vent violent souffle. Il doit faire -10 ou -15. Je suis enmitouffle dans mon sac de couchage et porte tout ce que j’ai de plus chaud dans mon gros sac. Je comprends a present pourquoi mon sac est si lourd! Je prete ma sur-polaire millet et un haut et bas sous vetement polaire a Tondup car il a rien de bien chaud pour ces temperatures. Le reste, je le porte! Pourtant je n’ai pas bien chaud, mais je passerai une bonne nuit!...un peu agitee, mais c’est tout a fait normal a cette altitude.
Le lendemain, un soleil magnifique nous reveille, la temperature a grimpe avec ses premiers rayons. Nous entamons l’ascension du Gongmaru (5200m) a 8h environ. Je pars en suivant Tondup et le depasse tres vite, pourtant je me retrouve vite essouffle et j’ai du mal a reprendre mon souffle. J’ai la nette impression de suffoquer; la meme impression que l’on a lorsque l’on reste trop longtemps la tete sous l’eau et que l’on revient a la surface. Pas tres agreable comme sensation! Je decide alors de ralentir,Tondup me rattrape. Nous remarchons ensemble quelques minutes et tres vite tout redevient normal. Bientot je retrouve le rythme que j’avais la veille, et ne peux rester au rythme de Tondup. Je le redepasse et arriverai 5 ou 10 min avant lui au sommet. Sur la route, je double un couple de trekkers qui peine et arrivera une petite heure apres nous. Encore une fois, nous avons marche vite. 1h a peine pour atteindre le sommet, 400m denivele/h a cette altitude, c’est tres rapide!
Tondup arrivant au sommet me glissera en souriant: “Today you are also the fastest!!“. Oui y a des jours comme ca ou les patates et les chapatis ca donne des ailes...
La montee est grandiose. Sur la droite, le Kang Yatse domine. Au sommet, il fait frisque mais nous passerons quand meme un petite heure en haut, a contempler ces merveilleux paysages.
La descente me refera souffrir, des jambes!...une douleur pourtant oubliee. C’est l’avant dernier jour de trek, demain nous rejoindrons Hemis, en plaine, pour y attraper notre bus pour Leh.
De retour a Leh, lorsque vient le moment de dire au revoir a Tondup, je suis emu. Il m’a fait passe un merveilleux trek, et nous avons lie d’amitie en 8 jours, partageant a la fois de bons moments comme des plus difficiles.
Lorsque je rentre a ma petite guest house, je ne reve que d’une douche chaude. J’ai passe 8 jours a me laver la tete dans une eau gelee de ruisseau. Quel bonheur! Je visiterai les alentours de Leh pendant encore quelques jours avant de m’envoler pour Delhi. Le vol est l’un des plus impressionants et des plus beaux au monde parait-il. Je confirme! C’est absolument magique de voir les 8000m au fond qui se dessinent et de voler au meme niveau que les montagnes. Sans conteste, le plus beau vol que je n’ai jamais fait. Ce matin tot, j’arrive a Delhi pour 4 jours; avant de m’envoler, pour la Chine cette fois!

Camp de base de Rumbac, j'aime cette photo. Le soleil couchant donne
de superbes reflets ocres aux sommets, altitude 4000m

Fond de Yack, Kanda la, altitude 5000m

Une Ladakhi qui m'heberge pour la nuit preparant le the, Skyu, altitude 3800m

Paysage dans la descente du Kanda la, altitude 4500m

Vieil homme de markha

Contraste entre la chaleur des bles qui dorent au soleil
en plaine et le froid et la neige du sommet du Kang Yatse

Enfants d'une famille qui m'heberge pour la nuit, Hangkar, altitude 4000m

Village de Hangkar, altitude 4000m

Tas de pierre sur le chemin de Nymaling, altitude 4600m

Ladakhi qui m'heberge pour la nuit a Markha
ramassant son orge devant sa maison, altitude 3800m
Coucher de soleil a Nymaling, les nuages arrivent,
pousses par un vent violent, altitude 4800m

Une Ladakhi que nous croisons dans la vallee avec son ane, altitude 3800m

Mane (mantras Tibetains graves sur pierre en Sanskrit),
sur la route de Nymaling, altitude 4000m

Ma preferee (agrandir en cliquant dessus). Drapeaux Tibetains
au sommet du Gongmaru la (5200m)

Vue sur le Kang Yatse (6400m) depuis le Gongmaru la (5200m)
Hier au soir, je me trouvais en haut a droite de l'image, ou la neige
commence doucement a recouvrir le sommet

Berger qui file sa laine, Nymaling, altitude 4800m

Vue au camp de base de Nymaling, altitude 4800m

J'ai pose avec Tondup et ma barbe de 3 semaines
au sommet du Gongmaru la, altitude 5200m