"La meilleure façon de réaliser ses rêves, c'est de se réveiller!" - Paul Valéry


Thursday, November 1, 2007

Sur la route de la Soie, partie 2 (Karakoram Highway)

Le nom de Kashgar evoque toujours l’image d’un oasis perdu aux confins des deserts du Xinjiang, derniere etape avant les pics geles du Karakoram. Brigands du desert, bazars exotiques et soies bariolees viennent a l’esprit lorsque l’on mentionne le nom de la plus occidentale des villes de Chine. Sa population essentiellement formee d’Ouighours, de Kyrgyz, de Tadjiks, d’Ouzbeks et de Chinois en fait un exemple type du melange ethnique du Xinjiang.
J’arrive dans la ville en fin d’apres midi, un peu fatigue par un long voyage de 27h de bus. Je trouve facilement une petite guest house pour passer la nuit avant d’attraper un bus le lendemain qui me mene sur la Karakoram Highway, route de montagne qui relie Kashgar a Islamabad, au Pakistan. Cette route fut sillonnee pendant des siecles par les caravanes de la route de la Soie. Elle franchit le col de Khunjerab (4800m), porte du Pakistan. Khunjarab signifie ‘Vallee du sang’, en reference aux bandits de grand chemin qui profitaient du terrain accidente pour piller les convois et tuer les marchands. La construction de cette route pris plus de 20 ans et couta la vie a plus de 400 ouvriers.
Dans mon bus que j’attrape le matin tot a Kashgar, nombres de Tadjiks rentrent chez eux a Tashkurgan. C’est la derniere ville chinoise avant la frontiere Pakistanaise. C’est aussi une region autonome Tadjik et donc composee essentiellement de Tadjiks. Les Tadjiks sont un peuple a part dans ceux qui composent l’Asie centrale. Ils descendent d’Ariens et le Tadjik est une langue d’origine perse contrairement aux autres peuples d’Asie centrale qui descendent pour la plupart de peuple Mongols et utilisent une langue d’origine Turque. Aussi il n’est pas rare de rencontrer un Tadjik blond aux yeux bleus !
Durant ma montee a Karakul, un vieux Tadjik est assis a cote de moi dans le bus. Lui est brun aux yeux fonces. Difficile de le differencier des Ouighours du bus. Pourtant, il sert fort dans ses bras son petit garcon, blond, aux yeux d’un vert superbe ! La seule distinction que je pourrais faire avec un europeen est peut etre son nez un peu plus evase.
Le bus partira en retard, rempli de Tadjiks et d’Ouighours qui montent a Karakul principalement pour acheter des moutons et des chevres qu’il revendent ensuite dans la capitale.
La montee sera superbe. J’avais lu des dires sur cette route, mais je crois que j’etais loin d’imaginer pareil beaute. La route se glisse tout d’abord aux abords des remparts du Pamir, puis penetre dans les gorges du Ghez, ou de magnifiques falaises de gres rouge bordent la chaussee. La route se faufile ensuite dans d’immenses champs de rochers avant de rejoindre un plateau ou de splendides dunes de sables semblent reigner sur les lieux. Leur beaute est saisissante. Je me trouve a 3000m d’altitude et de magnifique dunes de sable gris et blancs bordent un plateau humide. C’est peut etre l’incoherence de tels paysages a cet endroit qui les rend encore plus beaux ! Le bus traversera ensuite de magnifiques paturages au pied de pics enneiges ou quelques chameaux blancs et gris errent et semblent chercher refuge. Apres 1h de route, j’arrive certainement a l’endroit de montagne le plus beau que je n’ai jamais vu ! Le petit village de Karakul, niche a pres de 3600m d’altitude, aux abords d’un lac d’un bleu turquoise magnifique ; il semble etre garde par deux superbes sommets, le Kongur (7719m) et le Muztag Ata (7550m). L’endroit est extraordinaire. Je n’ai jamais vu pareil beaute en montagne. Au pied de ces deux geants qui ceinturent le lac Karakul, nombres de chameaux et de yacks paturent. Des yourtes kyrgyz parsement les environs et de vieux kyrgyz passent a dos de chameaux dans la plaine fertile.
L’endroit est principalement habite de Kyrgyz, et en marchant le long du lac, je fais tres vite la rencontre d’un jeune Kyrgyz de 19 ans qui revient du village a moto. Il est tres sympathique et lorsque je lui demande ou je pourrais loger pour la nuit, il me dit que je peux passer la nuit chez lui avec sa famille, si je le souhaite. Nous voila en route sur sa moto, direction la yourte de ses parents. A mon arrivee, la mere de famille est assisse pres du poele qui chauffe la piece principale. Elle s’appelle Nusurat. Elle est tres souriante et ne tarde pas a me proposer du the chaud qu’elle vient juste de preparer. Son fils lui explique que je cherche un endroit pour dormir et qu’il m’a propose de rester chez eux. La dame me sourit et m’offre un morceau de pain qu’elle a fait elle-même. Dans la yourte, un vieux poste radio trone sur le seul meuble de la maison. De beaux tapis de couleur vive jonchent le sol et un tas de matelas et de couvertures aux couleurs chatoyantes sont entasses au fond de la piece.
Je sors dans l’apres-midi pour rejoindre les contre-forts du Kongur. La, de petites maisons en pierre abritent des moutons et des chevres. De vieux Kyrgyz, proprietaires des lieux commercent avec des Ouighours montes de Kashgar pour acheter des betes. J’assiste a la scene de negociation et me balade dans les enclos environnants. Les bergers semblent au depart un peu mefiants vis-à-vis de moi, se demandant surement ce que je fais la. Mais apres quelques minutes de presence et de discussion, ils semblent ravis de m’avoir parmis eux. Leur activite premiere consiste a compter les betes, ils les font passer d’un enclos a l’autre en comptant litteralement les moutons devant la porte. Je passe un long moment en leur compagnie, ils sont tous tres gentils et tentent de m’expliquer ce qu’il se passe. J’assiste a la scene en plaisantant avec certains qui aimeraient me voir repartir avec deux betes! Un bon mouton coute entre 30 et 50 euros, et le Ouighours venus sur place inspectent les betes une par une. Tout y passe ! On inspecte les dents, les pates, la laine,.... et les negociations vont bon train ! Apres quelques heures de dur labeur, les hommes tombent enfin d’accord et les Ouighours repartent chacun avec une bonne dizaine de betes.
A la nuit tombee, je rentre a la yourte pour le diner. Au menu dans la petite famille, des nouilles faites maison et de la viande de yack ! C’est excellent ! Cela ressemble un peu a du bœuf en plus goutu. Je me regale. Le pere de famille s’appelle Kocfkan, il est rentre du village ou il s’occupait de ses moutons. Il est tout aussi gentil. Ils ont 3 garcons, Kuwanich l’aine age de 19 ans, Tilawalti 11 ans et Mahamatumar 8 ans. Ils semblent tous adorables. Le diner termine, je sors mon jeu de carte et nous jouons tous les 6 en cercle pres du poele. Il me faut trouver un jeu pas trop complique, ou l’on peut jouer sans trop d’explications. Je propose le pouilleux ! C’est un jeu de hasard ou l’on pioche dans le jeu de l’autre et ou l’on ne doit pas tomber sur une carte donnee. Celui qui a cette carte a la fin de la partie a perdu. Kocfkan me regarde un peu perplexe pendant mes explications mais il comprendra tres vite apres la premiere partie. Nous rigolons bien. Je taquine Nusurat lorsqu’elle pioche dans mon jeu la carte maudite, elle rigole essaie tant bien que mal de la redonner a son mari ! Toute la petite famille s’amuse et se taquine. La fin est du pur hasard et fait jaser ! Les enfants ont un sourire jusqu’aux oreilles. Ce sont ce genre de moments qui m’ont pousse a faire cette si longue route jusque la. Finir apres tant de route dans une yourte, dans une famille Kyrgyz, au fin fond de la Chine, a leur apprendre a jouer au Pouilleux, avouez que ce n’est pas commun !
Apres une bonne heure de franche rigolade, tout le monde va se coucher. Je sors dehors un moment pour me rafraichir un peu et tombe alors nez a nez avec un ciel comme je n’en ai jamais vu ! Des milliers d’etoiles scintillent dans le ciel, et pas l’ombre d’une lumiere! La voie lactee est sublime et toutes les etoiles semblent briller de mille feux. Dans l’obscurite, je devine le Muztag Ata et le Kongur. L’endroit est une sorte de plateau ou le purete du ciel et l’altitude expliquent sans doute un tel ciel. C’est magnifique ! Elles sont si nombreuses. Je resterai un moment a contempler ce superbe ciel, berce par un petit vent siberien, qui me pousse bientôt a regagner la yourte.
Le lendemain matin, yaourt au lait de yack et the chaud au menu du petit dejeuner, le yaourt est excellent, frais et peu sucre. Vers 8h, Nusurat appelle les yacks devant la yourte. Ceux-ci accourent pour se faire traire. Nusurat utilise le lait de yacks pour le the ou pour faire son yaourt. Je l’observe s’executer sur son un petit tabouret de bois branlant devant le magnifique lac karakul. Derriere elle, l’imposant Kongur domine et a droite, le Muztag Ata reigne en maitre. Il est sublime. C’est mon prefere des deux sommets. Sa pente douce qui contraste avec sa masse invite a l’ascension. Il semble etre le gardien des lieux, sur et impassible.
Je me promenerai toute la journee autour du lac, et dans les prairies parsemees de yacks et de chameaux avant de m’eclipser une journee a Tashkurgan, plus haut sur la route du Karakorum. La route qui mene a l’enclave Tadjiks contourne les superbes contre-forts du Muztag Ata, et passe un col de 4800m environ avant de rejoindre la cite.
Dans le bus qui me mene au fief Tadjik, je fais route avec 3 Ouighours, montes de Kashgar pour garder des moutons dans les hauts plateaux du Pamir. Plus loin, nombre de Tadjiks attendent patiemment d’arriver. Ils reperent alors mon appareil photo et s’empressent de me demander de l’essayer. Je leur confie alors, le cœur serre. J’ai une seule hantise, qu’il ne leur echappe des mains ! La scene me fait rire. L’un deux le tient a l’endroit et appuis sur tous les boutons possibles, avec le sourire ! J’essaie tant bien que mal de lui expliquer que je n’ai plus de batterie. Je la sorts alors de son compartiment puis l’y replace. Aussitôt l’appareil revenu dans ses mains, le vieil Ouighour s’empresse de rouvrir l’emplacement et appuie sur la batterie comme declencheur ! Il semble sur de lui ! Je ne peux me retenir de rire. Les Ouighours auscultent l’appareil de fond en comble. Je le vois passer de main en main, hesitantes et maladroites. Je ne suis pas sur de le revoir entier ! Il avance doucement vers l’avant du bus, passant de mains Ouighours en mains Tadjiks, jusqu'à rejoindre les mains d’un vieux Tadjiks a la barbe grisonnante. Il a un magnifique chapeau typique et de beaux yeux bleu clair. Le vieil homme me sourit genereusement depuis l’avant du bus avec ses quelques dents lorsqu’il recoit enfin le precieux sesame. Il ne semble pas plus a l’aise pour manipuler l’engin que ses camarades ! Le vieil homme attrape l’appareil et le tient a l’envers. Il regarde par l’objectif et se plaint aupres de ses camarades de ne rien y voir ! Il tourne alors l’engin mais rien n’y fait ! Je le vois tenter de guigner a travers le viseur et s’exclamer de ne rien voir ! Le scene est unique et me fait rire. L’homme a l’œil rive sur le viseur quand tout a coups, je vois se dessiner sur le vieux visage un magnifique sourire qui me laisse entrevoir quelques dents ! Il a enfin trouve le viseur ! Le vieil homme s’amuse alors avec le zoom, que son camarade avait decouvert avant lui. Il semble heureux comme jamais ! Il me renvoit ensuite le jouet, passant de main en main, en m’eclipsant un large sourire de satisfaction et de fierte. Je recupere l’appareil, en un morceau !
Je passerai une bonne journee dans la derniere ville chinoise, me promenant aux alentours et rencontrant de forts acceuillants Tadjiks. Un vieil homme m’invitera dans sa maison a boire le the, tandis que d’autres seront simplement curieux de ma venue dans un endroit aussi recule. Les femmes Tadjiks portent une coiffe typique qui les distingue des autres femmes d’Asie centrale, leur couleur varie et donne a Tashkurgan un charme particulier. Deux vieux Tadjiks jouent au billard sur la place principale, l’un d’eux tenant sa canne a l’envers, me lance de larges sourire apres chaque coups joue. Je resterai un moment la, assis sur le rebord d’une fenetre, a observer ces deux vieux hommes s’amuser comme des enfants. Il y a dans leurs yeux de la simplicite et une touche de malice. Ils se taquinent tous deux et il semble reigner une forte complicite entre les deux hommes, endurcie par les ages.
Je m’installe le soir venu dans une petite guinguette qui propose des brochettes. Elles sont delicieuses ! La viande est tendre et fond dans la bouche ! Le gras est sale comme il faut et grille a point ! Je me regale ! Et pour quelques centimes d’euros la brochette, je ne me prive pas d’en reprendre ! Le proprietaire des lieux me confiera que la viande vient de la region et se targuera d’avoir la meilleure viande du Xinjiang !
Le lendemain, je reprends mon bus qui me ramene a Karakul, dans ma petite famille Kyrgyz. A mon arrivee, tout le monde est la. Je m’installe discretement pres du poele qui me semble un aubene au vue du froid qui reigne dehors. La petite famille est disposee en cercle autour du lieu de vie. Nusurat enfourne quelques crottes de yacks, utilisees comme comburant pour le poele et discute avec son mari. Aujourd’hui, Mahamatumar a recu 3 bonbons par des Chinois de passage ! Le petit garcon en distribue un a chacun de ses freres aine et chose qui va me surprendre, il n’hesite pas a casser le dernier pour le partager avec moi. Je trouve le geste du petit garcon tres touchant. Je lui dis alors qu’il est pour lui et que je n’en veux pas. Mais le petit bout insiste ! Il est adorable. J’accepte alors, a contre cœur…
Mahamatumar est vraiment chou. C’est mon prefere de la famille. J’ai honnetement rarement vu un enfant de cet age avec une telle education. Il est d’une generosite et d’une gentillesse sans pareil. Il me propose toujours ce qu’il est entrain de manger et veille toujours a ce que je ne manque de rien. Je l’adore. Tous les soirs, nous jouons tous les deux aux voitures. Il a deux petites voitures en plastique et moi je suis le policier qui contrôle ses papiers. Bien sur il n’en a pas, alors il a des problemes. Je lui construis un petit circuit avec le jeu de carte de la famille. Il n’a pas grand-chose pour jouer, et pourtant il joue pendant des heures, avec un sourire jusqu’aux oreilles. On sent qu’il a ete eduque dans l’amour et la generosite. Tous les trois sont d’ailleurs adorables, mais c’est encore plus mignon chez ce bout de chou.
Le soir, autour du poele, Kocfkan lit une revue en chinois, ou plutot il regarde les images car il ne parle pas non plus chinois ! Sur le revers de la couverture, une publicite utilise un cavalier, du style de Napoleon, pour faire l’eloge de la marque. Kocfkan me regarde alors avec un petit sourire en coin et me montre la photo du doigt en s’exclamant sur de lui: ’You !!’. Je le regarde a mon tour et acquiesce en rigolant. Il se met ensuite au travail pour preparer le diner de ce soir. Nusurat me sourit ironiquement, ce soir ce n’est pas elle qui cuisine ! Kocfkan emmince de gros morceaux d’abat de mouton. Tout y est ! Tripes, foie, cœur, pense, et je ne sais quoi ! Ca n’a pas l’air tres appetissant. Nusurat me regarde d’un œil malicieux et s’exclame ‘Mante !’ en rigolant. Je sourit aussi par politesse et n’ose lui avouer que j’ai un peu peur…
Quand vient le moment de gouter, eh bien…ca croque sous la dent ! Mais ce n’est pas mauvais. Le froid m’a donne faim, aussi en reprendrai-je deux fois. Cependant j’avoue que je les aurai bien troque contre un bon plat de nouilles !
Le lendemain matin, je monte avec Kuwanich au glacier du Muztag Ata, a pres de 4800m. Pour cela, nous montons en moto jusqu'à 4000m environ, avant de devoir grimper a pied jusqu’au glacier. Le trajet en moto est grandiose. Nous longeons des paturages de yacks et des chameaux qui bordent le petit village de Karakul, au creux du majestueux sommet, avant d’amorcer la montee sur un chemin difficile ou Kuwanich s’amuse a mettre en valeur ses talents de pilotage. Sur la route, troupeaux de yacks, de moutons et de chevaux arborent le paysage. Apres une bonne heure de route, il nous faut terminer a pied. Dans la montee, je perds Kuwanich, marchant plus vite que lui. Aussi je me retrouve seul en arrivant pres du glacier. J’avoue que cela ne m’enchante guere. Je sais que si je viens a tomber dans une crevasse, personne ne viendra me chercher. En tout cas, me chercher dans l’immensite du lieu serait peine perdue. Aussi je progresse avec la plus grande prudence et ne m’avance que tres peu vers le centre du glacier. A sa vue, sa couleur est superbe ! Un blanc saisissant qui tranche avec le bleu du ciel ! Il est monstrueux et semble aller se perdre au sommet. Je devine le haut du Muztag Ata qui se fond bientôt dans les nuages. Je resterai 2 bonnes heures a contempler cette merveille, calculant chacun de mes pas. Le temps change tres vite a cette altitude, et le ciel bleu que j’avais en arrivant laisse bientôt place a un ciel charge qui emprisonne le haut de la montagne dans le froid. Il est temps pour moi de redescendre et de rejoindre Kuwanich quelque 2h de marche plus bas.
A mon retour a la yourte, je m’en vais me promener au village de Karakul. La-bas, de vieux Kyrgyz viennent se perdre dans les rues ensoleillees du petit village niche au creux du Muztag Ata. Des chameaux et yacks paturent autour et viennent parfois s’aventurer pres de la mosquee de la place principale. La vie bat son plein dans ce petit village ou la cohesion et l’entraide entre les habitants semble reigner.
Au detour d’une rue, je tombe sur un petit negoce de tout et n’importe quoi. Il semble d’ailleurs que ce soit le seul du village ! Denrees alimentaire, pieces de rechanges pour velos et motos, selleries pour chameaux…tout y est ! Y compris des bonbons ! Je m’empresse de ramener un sac rempli de friandises pour Mahamatumar. Sur le chemin, je distribue quelques sucreries a de jeunes enfants qui jouent dans la rue. Leur visage semble rayonner de bonheur a la vue des friandises. A mon arrivee, je fais deviner a Mahamatumar ce que j’ai dans les mains. Le petit garcon tombe sur une sucrerie et explose de joie ! Nusurat sourit egalement et me remercie.
Le soir, nous sommes invites a diner chez les voisins, dans la yourte d’a cote. Quand je dis nous, c’est nous, car je semble maintenant faire partie integrante de la petite famille!
Les voisins habitent une yourte similaire a la notre, situee en contre bas. A notre arrivee dans la piece principale, une grande nappe de couleur a ete depose sur le sol. Dessus, raisins, pasteque, melon, friandises et autres gateaux attendent patiemment preneur. La scene est touchante. Ce qui se trouve sur cette nappe n’aurait peut etre pas beaucoup de valeur chez nous. Mais ici, recule comme nous sommes, du raisin ou du melon sont une denree rare! Aussi je comprends tres vite la valeur qu’a cette tablee pour les deux familles. Cette tablee vaut aisement le plus beau des festins chez nous. Je suis tres touche d’avoir ete invite a ce repas et je mesure a quel point les gens de la region sont acceuillants et genereux.
Au milieu de la nappe, je repere un plat de Mante. J’avoue ne pouvoir en gouter q’un par politesse ! La petite famille voisine est tout aussi adorable. Le pere insiste pour que je reprenne fruits et gateaux et veille a ce que je en manque de rien.
Pour ce qui est de l’invitation, elle ressemble a celles que nous connaissons ; on discute de choses et d’autres, tout en se servant dans le buffet. La petite fille de la famille semble a peine plus jeune que Mahamatumar. Je jouerai une bonne heure avec elle, souriante et mignonne dans sa petite robe a fleurs. Une fois le diner termine et les discussions closes, tout le monde regagne sa yourte pour la nuit.
Dans notre yourte, comme tous les soirs, ca chahute et Nusurat joue les policiers. Kocfkan me fait rire, il semble impassible a tout ce que les enfants peuvent faire. Il semble meme de connivence avec eux ! Apres la rituelle partie de pouilleux du soir, tout le monde s’endort dans la piece commune.
Le lendemain matin, Nusurat a prepare une autre specialite Kyrgyz, le Kattama. C’est une sorte de tarte a pate feuilletee avec de la creme de yack ! C’est delicieux ! J’en mangerai pres d’un quart du plat, a la grande satisfaction de Nusurat. Le petit dejeuner avale, je pars me promener aux alentours du lac et du village, profiter encore de ce petit paradis qui a ete miens pendant pres d’une semaine. Le soir, je dois repartir vers Kashgar. Je dis au revoir a toute la petite famille qui m’a acceuilli comme un des siens pendant pres d’une semaine. Mahamatumar m’offre un beau collier qu’il a depuis longtemps pres de ses jouets. Il est adorable. Je l’accepte volontier, et le garderai en souvenir de mon petit bout.
Les adieux a la petite famille faits, je me poste sur la route pour attraper un bus qui descend a Kashgar. Il n’y en pas beaucoup et apres 2h d’attente dans le froid, il semble que le dernier soit en fait deja passe. Je retourne a la yourte et Mahamatumar en me voyant revenir s’ecrie d’une voix forte et aigue :’Sleeping ??’ et eclate de joie ! Il sait bien que je vais encore jouer aux voitures ce soir avec lui !
Le lendemain matin, j’attrape une voiture d’un kirgyz descendant au marche du dimanche de Kashgar. Je fais cette fois pour de bon mes adieux a tout le monde. Je remercie Nusurat pour sa gentillesse et l’accueil qu’elle m’a reserve. Je suis triste de les laisser. J’ai vecu une semaine magnifique avec eux. Ils m’ont traite comme un membre a part entiere de leur famille et m’ont inisse dans leur vie et dans leur intimite.
Ils m’ont touche au plus profond de mon etre, par leur simplicite et leur generosite. Les choses ont une autre valeur ici, qu’il est bon de gouter parfois pour mieux comprendre ce qui nous entoure. Je sais maintenant a quel point dans la vie, la richesse des gens reside dans leur cœur. Et je sais aussi a quel point les gens les plus riches sont souvent les plus simples.
Ils vont tous me manquer. Mon petit Mahamatumar encore plus ! Je pars triste de quitter cet endroit magique aussi, je me sentais bien la-haut. Je sers une derniere fois mon petit Mahamatumar dans mes bras et monte dans le vehicule. Je fais de petits signes a travers la vitre a tout le monde, leur promettant de revenir un jour. Je suis emu.
Je sais aujourd’hui qu’il y a quelque part au fin fond de la Chine, sur la route du Pakistan, dans une yourte, une famille Kyrgyz qui joue tous les soirs au pouilleux grâce a moi. Et ca, ca me remet le sourire!
J’arrive a Kashgar en debut d’apres-midi. Le lendemain, je partirai sur la route septentrionale de la soie pendant 4 jours, gagant Yarkand et Hotan, puis empruntant la route trans-desert qui traverse du Nord au Sud l’immense desert du Taklamakan.

Dans la montee a Karakul, Karakoram Highway, Chine

Kocfkan dans la yourte, Karakul, Chine

Aux abords des dunes de sable, Karakoram Highway, Chine

Chameau en paturage, Karakul, Chine

Kyrgyz et Ouighour en grande negociation, Karakul, Chine

Chevres dans leur enclos, Karakul, Chine

Le Kongur (7719m), Karakul, Chine

Tadjik aux yeux bleus, Tashkurgan, Chine

Paturage de moutons. Derriere, le Kongur veille. Karakul, Chine

Glacier du Muztag Ata, altitude 4800m

Muztag Ata au coucher du soleil, Karakul, Chine

Mahamatumar allant chercher des crottes de yack pour alimenter le poele

Berger ramenant ses moutons, Karakul, Chine

Kocfkan se rechauffant pres du poele, Karakul, Chine

Notre petit village

Jeune Kyrgyz aux abords du lac Karakul, Chine

Tadjik aux environs de Tashkurgan, Chine

Vieux Tadjik, Tashkurgan, Chine

Reflexion du Muztag Ata, Karakul, Chine

Nusurat qui trait les yacks devant la yourte, Karakul, Chine

Un yack en paturage devant le lac Karakul, Chine

Vieil Ouighour, village de Karakul, Chine

Yacks en paturage devant le Muztag Ata, Karakul, Chine

Mahamatumar, la tete dans les nuages

Chameaux en pâturage, Karakul, Chine

Ma petite famille, Karakul, Chine



Sur la route de la Soie, partie 1 (Urumqi-Turpan)

A notre arrivee a Urumqi, il est deja tard. Nous devons trouver un logement pour la nuit mais la restriction des hotels aux chinois dans le Xinjiang complique un peu les choses. Nous faisons plusieurs hotels qui nous refusent avant d’en trouver un qui accepte les etrangers.
Le lendemain, nous entamons un long trajet en direction du Kazakhstan, aux abords du lac Sayram. Sur la route, de vieux tracteurs transportent peniblement des remorques de cotons, des dos voutes croulent sous le travail dans des champs de cotons qui s’etendent de part et d’autre de la route et de larges etendues de piments rouge dorent sous le soleil brulant du desert.
Apres 10 longues heures de route, nous arrivons enfin au lac. Il est splendide, d’un bleu profond dont les nuages se jouent a en faire changer la nuance. Le lieu est calme et pas l’ombre d’un touriste ! Avec Tom, nous faisons une balade de 6h environ avant d’attraper notre bus qui nous ramene a Urumqi. A notre arrivee, Tom prend son avion qui le ramene en France. Quant a moi, je continue mon voyage et attrape un bus pour Turpan, quelque 3h plus au Sud.
Turpan est un oasis, plante au milieu du desert, au creux de la depression du meme nom. Turpan fut longtemps une etape importante sur la route septentrionale de la soie, nichee a -154m sous le niveau de la mer, c’est aussi le point le plus chaud de Chine et le plus bas au monde apres la mer morte. Pour y parvenir, le bus traverse une route seche et aride, ou se profilent quelques camions a l’horizon que je devine a travers la brume du desert. Je trouve facilement ou loger a mon arrivee, et je pars tres vite a la recherche d’un cafe ou je pourrai trouver des infos sur la region. J’interpelle une petite dame Ouighour d’une cinquantaine d’annee, dans une petite rue tortueuse du vieux Turpan. Elle a une petite tete bien ronde, et des cheveux noirs frises. La petite dame porte une longue robe beige descendant jusqu’au chevilles qui laisse entrevoir ses talons hauts. Elle me sourit tendrement en me faisant comprendre qu’elle ne peut m’aider. Elle insiste pourtant pour que je la suive. Nous nous dirigeons alors vers une petite porte d’un rouge vif en contre-bas de la route. La petite dame m’esquisse un large sourire et ne cesse de me repeter ‘Mother, Mother’ tout en frappant allegrement sur la vieille porte en bois. Un jeune homme ouvre, je comprendrai plus tard qu’il s’agit de son fils. Derriere la porte, une petite cour ombragee par de vieux plants de vignes apparaît. Tres vite, la petite dame me pousse a l’interieur de la maison de village. J’entre dans le salon Ouighour par une petite porte sur le cote. Devant moi, une scene surelevee tapissee de tapis chinois rouges et noirs aux motifs symetriques ainsi que d’autres tapisseries plus exotiques arborant les murs ornent la piece. C’est un salon typiquement Ouighour. La scene surelevee est en fait le lit pour toute la famille ou un atre permet d’allumer un feu en hiver et garder ainsi la petite dame au chaud pendant son sommeil. Son nom est Amanguli. Elle est adorable et est aux petits soins avec moi. Elle me sert un bon the chaud avec des gateaux sables. Nous tentons tant bien que mal de communiquer. Elle parle un peu chinois, et je m’essaie a lui traduire mes pensees mais elle comprend bien mieux lorsque je lui fais lire les caracteres! Nous passons plusieurs heures ensemble, a discuter, a essayer de se comprendre, aux rythmes de rires et de gestes. Nous n’avons pas de langue en commun, et pourtant nous reussissons a nous comprendre. Le soir venu, le pere rentre d’une longue journee de travail. Il est aussi gentil qu’elle. Les enfants sont la aussi et j’irai faire une partie de billard avec l’aine, Bedrula. Je gagne la premiere partie mais me fais laminer les 4 suivantes. Je comprends alors qu’il s’agit la de la sortie quotidienne entre amis du jeune Ouighour de 19 ans. Amanguli insiste pour que je vienne diner chez eux dans la semaine. J’accepte poliment. En partant, elle me montre la porte d’entree avec un large sourire pour que j’en memorise le numero. Je suis frappe par l’accueil et la generosite de cette petite dame, qui me traite litteralement comme son propre enfant. Je promets a Amanguli de revenir dans la semaine, pour diner avec eux. Elle semble ravie!
Le lendemain, je me rends aux ruines de Gaochang. Gaochang etait la capitale des Ouighours il y a 1000 ans, une importante cite marchande de la route de la Soie et point de rencontre de divers peuples d’Asie centrale. J’arrive dans la vielle cite au coucher du soleil et attrape une petite carriole tiree par un jeune cheval pour en faire le tour. La cite a souffert des annees et seuls les enormes remparts qui entourent la cite du desert restent bien conserves. Je me promene les pieds ballants sur la petite charrette dans le silence de la cite oubliee. L’instant est magique. Le soleil couchant donne des reflets oranges aux restes de murs faits de terre et de paille. La cite est bercee par le bruit des sabots de l’attelage qui semblent ne jamais avoir quitte l’endroit. J’imagine alors facilement les rues bondees d’attelages, de negociants en tout genre, de ferronniers et d’artisans qui ont jadis fait vivre la cite. C’est comme si ces vieux murs avaient emmagasine toute la vie qui y avait grouille pendant des siecles. Les couleurs chaudes du soleil a l’horizon font a elles seules revivre l’endroit. Quelquechose de mystique reigne ici. J’y suis bien, au calme.
Apres ce moment magique, je reprends la route pour aller dormir aux abords du desert du Taklamakan. Au petit matin, je me dirige vers des dunes de sable pour y admirer le lever du soleil. La lumiere est superbe, de vastes dunes jaune-orangees se profilent a l’horizon. Un autre moment de calme et de repos, dans un endroit hostile et monotone mais au combien magnifique.
A mon retour a Turpan, Amanguli me prete gentiment le velo de la famille. J’en profite pour me balader aux abords de l’oasis, dans de petits villages Ouighours, faisant de tres belles rencontres. Le soir venu, je dine chez Amanguli qui a prepare un plat de foie d’agneau pour l’occasion. Je ne suis pas tres abat, mais c’est tres bien cuisine et je me regale ! Lorsque vient le moment de partir, Amanguli me demande si je vais revenir le lendemain pour diner a nouveau avec eux. Elle a un sourire genereux et semble attendre mon ‘Oui’ avec une certaine excitation. J’aimerais lui dire oui mais il me faut lui avouer que je dois prendre mon bus pour Kashgar et continuer ma route. Amaguli semble decue, et m’ecrit sur un bout de papier le numero de telephone de la maison ! Je trouve le geste adorable. Le contact entre nous etait deja difficile sur place, je n’ose imaginer comment on pourrait se comprendre par telephone ! Je note son numero et propose de prendre une photo avec elle, que je lui enverrai une fois rentre. La petite Ouighour semble ravie et s’eclipse quelques minutes avant de revenir endimanchee ! Cela me fait sourire. Elle s’est maquillee et s’est faite toute belle pour la photo ! Je prends alors le cliche et recopie son adresse en chinois.
Je sers Amanguli dans mes bras et la remercie du fond du cœur pour sa gentillesse et l’accueil qu’elle m’a reserve. Je suis emu de la quitter. Elle aussi. Je n’ai passe que quelques jours avec cette petite famille et pourtant ils vont me manquer. J’ai rarement rencontre des gens aussi hospitaliers.
Avant d’attraper mon bus, j’irai flaner une derniere fois dans les petites rues ombragees de la vieille ville. La vie y grouille du matin jusqu’au soir. J’aime m’y perdre et rencontrer quelques vieux Ouighours au coin de ses rues. Dans l’une d’elle, un vieil homme, tenant une jolie canne en bois dans la main, est assis sur un petit muret. Le soleil couchant laisse entrevoir les magnifiques traits de son visage use par la vie. Je m’arrete un petit moment a ses cote. Le vieil homme a le regard dans le vide, il semble ailleurs. Je prends alors un cliche de lui. Le vieil homme jette un coup d’œil sur l’ecran de l’appareil et esquisse un large sourire. Il est ravi de se voir en photo! Il essaie alors tant bien que mal de m’expliquer en Ouighour qu’il voudrait la photo. Je m’efforce de lui faire comprendre qu’il m’est impossible de la lui donner sur papier. Le vieil homme sort alors de sa poche les quelques Yuans qu’il possede. Je lui souris tendrement. Je le trouve adorable. Ce petit homme au dos voute n’a pas grand-chose et pourtant il donnerait tout ce qu’il a pour cette photo. J’aimerais pouvoir la lui donner sur le champ. Je lui prends la main et la referme avec les billets dedans, tentant de lui expliquer que l’argent n’est pas le probleme. J’ai alors une idee. M’assurer tout d’abord que le vieil homme est bien devant chez lui en demandant a son voisin avec qui nous nous comprenons un peu mieux, et recopier ensuite son adresse inscrite en chinois et en Ouighour sur sa porte. J’assure au vieil homme que je lui enverrai les photos. Apres quelques minutes d’explications gestuelles, parsemees de sourires.., il saisit. Il semble ravi! Il me demandera quand meme dans combien de jours. Me montrant le soleil et comptant sur ses doigts. Le vieil homme s’arrete a 4. Je lui souris, il est adorable. J’aimerais pouvoir la lui donner dans 4 jours. Je n’ose lui dire que ce ne sera pas avant deux mois!
Apres cette tendre rencontre, il est temps pour moi de rejoindre mon bus, pour un long voyage de 27h vers Kashgar. Le bus empruntera la route septentrionale de la Soie. Une autre route, plus au Sud, est appellee route de la Soie meridionale. La route se divisait a Kashgar, et ne traversait pas le desert du Taklamakan, repute mortel a cette epoque.
Nous traverserons de longues plaines desertiques, le long du desert du Taklamakan.
En chemin, nous nous arretons dans des restaurants qui bordent la route, servant une excellente cuisine Ouighour. Des brochettes d’agneau tendres sont pretes a etre grille au barbeucue et dans les cuisines on s’active pour preparer d’excellents ‘Suoman’, des nouilles dans un sauce de tomates, poivrons, aubergines et viande. Je mange les meilleures pates de ma vie dans ces petits restaurants perdues dans le desert (mise a part celles que me preparait ma grand-mere!). Les nouilles sont prepares a la main, elles sont roules et etendues par un cuisinier qui les forme avec une rapidite et une dexterite etonnante. Derriere les fourneaux, de petits bacs contiennent des legumes frais coupes en petits carres. Le cuisinier fait flamber le tout au dessus d’une enorme cuisiniere viellis par les ages, et se sert des ingredients pour concocter une sauce tomate fraiche et excellente ! Les pates sont plus epaisses que chez nous mais gouteuses et aldente. Je me regale avec ca de petites brochettes d’agneau, dont la viande fond dans la bouche ! Je suis bien loin des restaurants indiens qui bordent les routes, ou de mauvais thalis ou idlis sont servis a la va vite dans de vieux recipients sales. Ici, je languis le moment ou le bus va s’arreter dans un de ces petits restaurants !
Le bus reprend sa longue route vers Kashgar, le soleil couchant donnera de magnifiques reflets rouges au desert qui parseme les alentours. Je suis adossee a la fenetre, contemplant le vide qui m’entoure. Le bus semble venir et aller nulle part. Je suis bien. Une douce nuit m’attend.
Lac Sayram, pres de Yining, Chine

Minaret Emin, Turpan, Chine

Vieil homme tenant son petit fils, marche de Turpan, Chine

Desert du Taklamakan, environs de Turpan, Chine

Sur le marche de Turpan, Chine

Vieil Ouighour au detour d’une ruelle, Turpan, Chine

Vieux maraîcher, Turpan, Chine

Sur le marche de Turpan, Chine

Vieil Ouighour venu acheter sa viande au marche, Turpan, Chine

Sur le marche de Turpan, Chine

Vendeur de tissus, Turpan, Chine

Ouighour au detour d’une rue, Turpan, Chine

Famille Ouighour en route vers le marche, Turpan, Chine

Desert du Taklamakan, environs de Turpan, Chine

Ouighour sur le marche, Turpan, Chine

Piments seches, marche de Turpan, Chine

Vieil Ouighour au detour d’une rue, Turpan, Chine

Gateaux sables, marche de Turpan, Chine

Sur le marche de Turpan, Chine

Jeune Ouighour au detour d’une rue, Turpan, Chine

Couple d’Ouighour rentrant du marche, Turpan, Chine

Vieil Ouighour sortant de la priere, Turpan, Chine

Les copains d'abord

J’atterri a Beijing apres une escale en Malaisie. Je dois attraper un bus; ligne 4 et descendre a un arret que je ne trouve pas sur la carte. Copain m’attend la bas mais j’ai deja du retard. Je trouve un arret qui ressemble a ce que copain m’a donne, enfin pas vraiment mais apparemment il y a plusieurs noms! A ma descente du bus, pas de copain! Faut dire que j’ai deux heures de retard. Je l’appelle sans succes. Je demande alors ma route a un chinois montrant une adresse que copain m’a donne. Et la, je vois surgir de l’autre cote de la chaussee, l’autre copain ! (Raph) mais copain le suis de pres.. Je suis content de les revoir. Ca fait plus d’1 an et demi que je ne les ai pas vu. Nous rentrons chez eux, faisant de leur canape mon lit pour la nuit.
Le lendemain, ma mission premiere est mon visa Kyrgyz. Je dois me rendre a l’ambassade du Kyrgyztan en Chine, et copain m’indique sur la carte ou elle se trouve a peu pres et chose qui va me sauver ! Il m’ecrit Kyrgyztan en chinois! Je pars tout fretillant dans cette ville qui me semble bien plus moderne que tout ce que j’ai connu jusqu’alors. Je suis bien loin des villes indiennes, meme Delhi est archaique a cote. Les chinois ne comprennent rien en anglais, aussi j’apprends quelques mots dans le lonely planet pour trouver la station de metro ou de bus. Mais ma prononciation flanche ! Je suis oblige des les faire lire eux meme ! Apres ils repetent ce que j’ai dit et rigolent.
J’attrape mon bus devant chez raph et tom, puis le metro et je fini en taxi, tres bon marche en chine. Il me depose alors devant un magnifique batiment ultra moderne. Devant le portail, plusieurs plaques magnifiques tronent avec des noms de pays; Kyrgyztan en fait parti, magnifique! 7 ieme etage, je sors de l’ascenseur et une deuxieme plaque indique ‘Embassy of Kyrgyztan’, superbe! Je m’avance vers la plaque et tourne a gauche dans le petit couloir qui mene a une magnifique devanture en verre. Derriere moi, une femme de menage chinoise passe la serpiere.
J’appercois la secretaire derriere la vitre, elle me fait signe sur le cote. Detecteur d’emprunte digitale! Rien que ca! Impressionne, je place mon doigt sur le detecteur, pensant a une emprunte anonyme. Mais rien ne se passe. Je reflechi alors 2 secondes, ce que je n’avais pas vraiment fait : Kyrgyztan-> Emprunte digitale ???!! Euh…non!! Je lis alors au dessus de l’acceuil un enorme logo tres design ‘Partner Consulting’. Je me retourne vers la femme de menage et lui demande alors ou se trouve l’ambassade du Kyrgyztan. La petite dame au dos voute se tourne lentement et me montre derriere elle une petite porte blanche en contre-plaque… Je croyais que c’etait son placard a balais!
J’attends 2h devant la porte que la personne a l’interieur veuille bien ouvrir et commencer a travailler. A 16h, j’entre enfin dans le petit placard, l’homme est seul. C’est l’ambassadeur, secretaire, delivreur de visa du Kyrgyztan en Chine. Je fais ma demande avec un des quelques formulaires qu’il a empile sur son bureau. Accepte!
Je passerai le reste de la semaine a visiter Pekin, sans vraiment y trouver de charme particulier. C’est une ville tres moderne, et qui, avec l’arrivee des jeux olympiques, s’est litteralement transformee !
J’irai mange avec Tom et Raph dans de tres bons restos chinois de la ville, et je partage avec eux leur derniere semaine dans la ville.
J’apprecierai surtout mon escapade en fin de semaine a la grande muraille. En fin de matinee, j’attrape un bus pour Simatai qui s’arrete dans chaque village sur la route ; le trajet me semble interminable ! Apres 4h de route, je dois prendre un taxi car on ne peut apparemment pas tout faire en bus. Je me rends assez loin de Pekin, a environ 120km au nord. Certaines parties de la muraille sont beaucoup plus pres, a 60 km a peine du centre de Pekin. Mais j’espere avoir moins de monde ainsi.
Lorsque j’arrive sur les lieux, il n’y a en effet personne. J’arrive assez tard, 16h peut etre et je peux ainsi profiter pleinement du coucher de soleil. L’endroit semble peu touristique et il n’y a personne. Je monte jusqu'à la muraille par un petit sentier en zigzag. L’endroit est magnifique. La grande muraille est superbe. Elle se dessine sur la crete sur des endroits vertigineux et se fond doucement dans l’horizon. Je marche un moment dessus, le soleil se couche, la lumiere est magique, je suis bien.
Je rencontre tout de meme un chinois qui me confie venir 1 fois tous les 2 ou 3 mois ici, et que c’est un de ses endroits preferes car eloigne de Beijing et donc peu touristique. Je contemple cette merveille, assis sur les remparts, elle semble avoir ete deposee ici. A des endroits la crete est si etroite, que je me demande comment des hommes ont pu y construire meme un mur ! Apres le coucher du soleil, je rattrape mon bus qui me ramene assez tard a Pekin.
Le dimanche apres midi, je prends mon vol avec Tom pour Urumqui, dans le Xinjiang. C’est la que je commence mon voyage de 2 mois sur la route de la soie. Entre Chine, Kyrgyztan et Ouzbekistan, mes escales s’appelleront Turpan, Kashgar, Hotan, Osh, Samarkand ou encore Bukhara.

Garde de la cite interdite, Pekin, Chine

Dans la cite interdite, Pekin, Chine

Dans la cite interdite, Pekin, Chine

Dans les jardins d’ete, Pekin, Chine

Grande muraille, Sumatai, Chine

Dans la cite interdite, Pekin, Chine

Dans les jardins d’ete, Pekin, Chine

Grande muraille, Sumatai, Chine

Garde de la cite interdite, Pekin, Chine

Dans les jardins d’ete, Pekin, Chine

Grande muraille, Sumatai, Chine

Dans les jardins d’ete, Pekin, Chine

Dans la cite interdite, Pekin, Chine

Grande muraille, Sumatai, Chine

Wednesday, October 24, 2007

Derniers jours

Je passe mes derniers jours en Inde le cœur lourd. Je deambule une derniere fois dans les petites rues etroites et agitees de Old Delhi. Bizarrement, j’ai l’impression d’avoir deja quitte le pays, de l’avoir quitte doucement en remontant depuis Bangalore en train et en bus jusqu’au Ladakh, en observant les traits des visages s’adoucir au fur et a mesure que je m’enfoncais vers les montagnes. Je prefere l’avoir quitte comme ca.
Maintenant, j’ai l’impression de ne faire qu’attendre que cet avion m’en enleve physiquement.
Je fais de dernieres belles rencontres dans la vielle ville, echangant des mots et des sourires avec ses habitants, ceux la meme qui m’ont convaincu de rester dans ce pays il y a un an et demi.
Mais elles ont un gout different. Je ne suis plus vraiment la.
J’attrape mon vol pour Pekin le soir du 4ieme jour. Au moment de quitter le pays, le douanier me demande si je vais revenir pour savoir si il doit garder mon certificat d’enregistrement. J’ai l’habitude de lui dire oui.
Aujourd’hui je lui dis non, emu. Il regarde mes dates de visa et comprend. Il me fixe alors d’un regard compatissant et me sourit. Il me lance alors un : ‘A bientôt en Inde!‘. Je le regarde emu et tente de lui bredouiller un ‘Merci’ dans l’emotion.
Je franchi la frontiere sans me retourner, il y a tant de belles choses derriere moi. Je sais que derriere cette frontiere d’autres belles choses m’attendent, mais l’instant est dur.
Mon avion partira a l’heure, m’emmenant loin de ce pays, loin de chez moi…

Je lui dois beaucoup, elle ne me doit rien. Elle m’a accueilli les bras ouverts et m’a traite comme un de ses fils. Je ne l’oublierai jamais.
Elle le sait aussi, je reviendrai.

Vieille indienne sur le marche, Old Delhi

Etalage d'epices, Old Delhi

Rickshawala regonflant ses pneus, Old Delhi

Rickshawala, Old Delhi

Barbier au detour d'une rue, Old Delhi

Sadhu, Old Delhi

Rickshawala, Old Delhi

Dans la rue, Old Delhi